Ensemble du texte produit par Hubert Labrouche (archives personnelles)
Voir aussi la rubrique : les instituteurs du village de Poses
La construction de l’école de Poses en cinq étapes
Certaines allusions dans les registres municipaux laissent supposer qu’existait au XVIIIe siècle une école à Poses. Mais c’est le 11 février 1806 que, pour la première fois, le conseil municipal délibéra sur les horaires de classe et sur le paiement de l’instituteur : « l’instituteur reçoit depuis l’alphabet jusqu’au français 10 sols par écolier, depuis le français jusqu’à ce qu’il sait écrire 20 sols, pour celui qui écrit ou fera de l’arithmétique 30 sols » ; le même jour, le conseil déclara : «considérant que la commune est sans instituteur pour l’instruction des enfants depuis très longtemps les habitants ont choisi et nommé le sieur Pierre Philippe Cauchois domicilié à Poses… » et précédemment garde-champêtre.

Ce tableau des enfants de parents indigents pris en charge par la commune qui en payait la rétribution (et dont la liste était dressée par le Maire et le Curé) nous révèle : Une pauvreté des habitants du village : ces enfants représentent en effet de 20 à 28% des élèves de l’école ; or, dans la liste des noms retenus ne figure qu’un seul enfant par famille d’où l’élimination d’un certain nombre d’enfants trop pauvres. Un choix orienté puisque le nombre de garçons entre 1858 et 1875 est plus élevé que celui des filles. Une parité garçons filles respectée à partir de 1876.
Durant la première moitié du XIXe siècle, deux écoles privées existaient à Poses : une école de garçons dirigée par un laïc et une école de filles tenue par une religieuse. En 1828, l’école des filles occupait la propriété de Monsieur Quesnot, curé desservant Poses, d’où un conflit à propos du loyer entre le propriétaire et la mairie. A la même date, la maison du maire, Monsieur Emmanuel Thibaut, faisait office de mairie comme ce fut le cas jusqu’à la construction d’un bâtiment.
Première étape :
Suite à une lettre de Monsieur Patry, instituteur, à Monsieur le Préfet le 28 juillet 1842, le conseil municipal, en date du 12 avril 1844, appliquant la loi Guizot de 1833 et respectant « le délai accordé aux communes pour devenir propriétaire des locaux d’école » qui « devrait expirer le 1er janvier 1850 » accepta le devis de « monsieur Tremblay, architecte, pour la construction d’une école et d’une mairie pour 8300 francs ». Fait rare, la délibération fut prise à l’unanimité des conseillers municipaux élus et des personnes les plus imposées.
Construite par l’entreprise Grandhomme de Saint-Pierre-du-Vauvray, l’école fut ouverte aux élèves en 1848 ou 1849.



Plan de 1844 : projet de construction d’une maison d’école et d’une mairie – Élévation – Plan de la salle de classe de garçons au rez-de-chaussée, 8 bancs de 8 élèves – Plan du premier étage, logement de l’instituteur et salle de Mairie
Ces travaux entraînèrent une augmentation des impôts locaux de 20% en janvier 1846, puis à nouveau de 20% en mai 1852. Cette fois, cinq des contribuables les plus imposés votèrent contre.
Deuxième étape :
Si la commune était désormais dotée d’une vaste classe publique de garçons et d’une mairie, l’école des filles posait beaucoup de problèmes comme en témoignent divers textes émanant de l’administration en 1860, 1862 et 1863 : « annonce la fermeture de l’école privée des filles compte tenu de sa vétusté », « fâcheuse situation qui dure depuis douze ans », « la classe existante est à peine pour vingt enfants, elle en contient cinquante-sept ! ».
Pour sa part, le conseil municipal déclara : « la maison … d’école des filles est tellement insalubre et par conséquent nuisible à la santé de l’institutrice et des élèves… » et enfin accepta le devis de l’architecte Simon de Rouen d’un montant de 9000 francs..
Il faudra encore quatre ans avant que le projet aboutisse avec une ouverture probable en octobre 1866, précédant ainsi la loi Duruy de 1867 qui décrétait : « la construction d’école de filles obligatoire dans les communes de plus de cinq cents habitants ». Les travaux ayant coûté plus cher que prévu (11 400 francs) le conseil municipal vota une imposition supplémentaire de 3% de 1867 à 1869 et de 18% de 1870 à 1872.
En 1878, les deux écoles furent pourvues d’appareils et d’agrès de gymnastique dont gros mât, échelle de corde, trapèze, échelle de bois, barres parallèles, cordes à nœuds corde lisse, haltères…
Désormais la commune disposait de deux écoles publiques dont le nombre d’élèves tournait autour de cent vingt et pendant près de soixante-dix ans administration et commune de Poses se livrèrent une lutte traduisant une mauvaise volonté des édiles. En voici un bref résumé.
Souvent, l’inspecteur primaire dans ses rapports, l’inspecteur d’académie, le Préfet dénonçaient l’état de l’école et réclamaient une troisième classe enfantine : « deux écoles qui comptent chacune plus de soixante élèves ; la commune ne s’est pas imposée extraordinairement, il y a donc une mauvaise volonté évidente de la part du conseil municipal », « l’école de garçons a soixante-sept élèves… pour un volume de 165 m3 or les mesures sont de 5 m3 d’air sain par enfant… donc maximum de trente-trois garçons. », « l’école des filles ne devrait contenir que quarante-sept élèves, elle en reçoit soixante », « on serait en droit d’exclure un certain nombre d’élèves dans les deux écoles de Poses », « le maire nouvellement élu est bien disposé mais son conseil n’aime pas l’école », « situation déplorable dans laquelle se trouve l’école de garçons… salle dépavée… fine et nocive poussière en nuages… murs tout noirs et moisis… vitres de fenêtres tombées… tables brisées… ».

À gauche, bâtiment originel (1844), logement de l’instituteur et mairie (de 1846 à 1938)
et école de garçons (de1846 à 1923)
À droite, partie ajoutée en 1866, logement de l’institutrice et école de filles (de1866 à 1923)
Quant au conseil municipal, l’école ne semblait pas sa préoccupation majeure. En 1888, il « refuse par deux voix pour, six contre et une abstention… la création d’une troisième classe enfantine ». En réponse à une demande du sous-préfet, le conseil décida « de ne faire aucun changement, aucune construction nouvelle ».
Troisième étape :
Ce n’est qu’en 1930, après 70 ans d’atermoiements, que le conseil accepta l’ouverture d’une troisième classe enfantine dans un couloir où les enfants s’entassaient à quarante alors que l’on ne disposait que de vingt-quatre places. Et de nouveau il y eut une action de l’administration qui aboutira en 1936, avec l’élection d’un nouveau conseil municipal, à la réalisation d’une nouvelle école avec deux classes claires et spacieuses et un vaste préau. L’architecte fut monsieur Hugot d’Evreux et le coût des travaux de l’ordre de 126 000 francs (travaux subventionnés à hauteur de 118 000 francs).
Inaugurée le 14 juillet 1938 en présence du député Pierre Mendès-France, cette nouvelle école « Jules Ferry » fut ouverte à la rentrée d’octobre 1938.


Construction de 1936-1938, le vaste préau, les deux classes
L’ancienne école de garçons devint la mairie ramenée ainsi au rez-de-chaussée. Poses avait désormais une école de trois classes mixtes. La mixité étant en place à Poses depuis 1923, date d’arrivée d’un couple d’instituteurs monsieur et madame Coignet qui ont tous deux beaucoup marqué la scolarité posienne.
Quatrième étape :
Dans les années 1950, le nombre d’élèves augmentant, la nécessité d’un agrandissement de l’école s’imposa d’où la création d’une quatrième classe avec sanitaires et préau dont l’architecte fut monsieur Jean Rivier de Louviers. Les travaux dont le coût s’élevait à 3 600 000 francs furent bien subventionnés à 85% et la nouvelle classe ouverte le 5 octobre 1956.

En 1967, à nouveau une cinquième classe fut ouverte dans un bâtiment « classe mobile » dit provisoire, mais qui resta dans la cour pendant près de 30 ans, jouant souvent le rôle d’annexe. De 1977 à 1992 la population scolaire connut de grandes fluctuations, passant de cinq à trois classes puis de trois à cinq classes.

Cinquième étape :
En 1989, fut construite une classe maternelle avec dortoir dont les architectes furent messieurs Etienne et Baillot et dont le coût s’éleva à 1 000 000 de francs.


Vingt ans après, l’école de Poses possède toujours cinq classes ; elle accueille 119 élèves en 2010 (99 en 2026).
Les relations conflictuelles entre la mairie et l’instituteur
Un exemple parmi d’autres est donné, en 1827, par cette prise de position du conseil municipal :
Le conseil déclarait : « monsieur Daubigny (instituteur) ne prend aucun soin de ses écoliers »… « par son défaut d’éducation et de moyens il ne peut apprendre aux enfants »… « considérant également le grand nombre d’écoliers qui va jusqu’à 107 et le prix élevé qui est de 75 centimes, 1 franc, 1,25 franc et 1,50 franc qu’il prend par écolier, ainsi que d’assister aux baptêmes, mariages et enterrement pour lesquels il se fait largement payer, à la somme de 80 francs par an qu’il reçoit de l’église comme chantre et celle de 36 francs aussi par an des Confrères de Saint-Quentin et de la Vierge qui lui procure chaque année 1 500 à 2 000 francs… ».
Cela « entraîne la désertion des élèves », « il refuse d’enseigner gratuitement les enfants des familles pauvres », « caractère hautain et arrogant », « traite avec mépris les pères et mères des enfants », « insubordination envers l’autorité locale et les fonctionnaires »…
Ainsi le conseil demanda à l’autorité supérieure de remplacer cet instituteur, prise de position qui montre que celui-ci :
- ne semble pas avoir les compétences pour enseigner
- qu’il a des fonctions annexes lucratives, notamment à l’église
- qu’il reçoit la rétribution scolaire payée par les parents
- qu’il refuse d’accueillir gratuitement les enfants pauvres, ce qui était la règle avant que la commune les prenne en charge.
Un conseil municipal peu enclin à la nouveauté
Cours d’adultes à l’école demandés par le préfet dès 1866
Malgré les propositions de l’instituteur, le conseil refusa de financer ces cours. En 1874, les instituteurs proposèrent l’ouverture d’un cours gratuit pour les adultes hommes, puis d’un second pour les femmes à partir de 1880 financé par le département. Mais les cours cessèrent en 1884, le conseil municipal refusant de les prendre en charge.
Bibliothèque scolaire
Elle fut instaurée en 1862 par arrêté ministériel. En 1874 l’école de Poses disposait d’un corps de bibliothèque… qui était tout à fait vide en 1879, ce dont se plaignait amèrement l’instituteur Monsieur Lebret.
Caisse des écoles
Si les statuts d’organisation d’une caisse des écoles (loi du 28 mars 1882) sont notés dans les registres, le conseil ne les a cependant pas adoptés. Le délai de vingt ans accordé par le législateur pour les imposer sera largement dépassé puisque ce n’est que le 15 mars 1930 que la caisse des écoles sera effective à Poses.
Ouverture d’une troisième classe
Après 70 ans d’atermoiements… (rappel)
École et batellerie
Au XIXe siècle et durant la première moitié du XXe, 70 à 80 % des hommes posiens étaient mariniers, on l’était de père en fils ; soit les femmes restaient « à terre » pour élever les enfants, soit ils étaient confiés aux grands parents quand ils étaient d’âge scolaire. Parfois, la scolarité était brève, deux ou trois ans, certains jeunes naviguaient avec leurs parents ; et plus vite ils quittaient l’école et plus tôt ils rentraient dans la profession comme mousse dès 12 ou 13 ans.

Marianne
Le 2 juillet 1881 : «le Conseil Municipal, sur la demande de Monsieur le Maire et de l’adjoint désireux de célébrer dignement la Fête nationale du 14 juillet et de rendre hommage à la bonne direction du gouvernement républicain a voté à une haute majorité 60 Francs destinés à l’achat d’un drapeau, d’un buste de la République et à l’illumination des édifices communaux».

Buste de Marianne, Suuse frères éditeurs, Paris. Sculpture de J. Gautherin
