Inondations dans la boucle de Poses

La vallée de la Seine est de fait et par nature exposée aux inondations par le débordement du fleuve. De tout temps, le lit majeur du fleuve a été exposé aux phénomènes d’inondations, dont les ampleurs et origines sont variables avec la conjonction possible de critères majorants liés notamment aux crues de la nappe potentiellement associées, et ceux de la météorologie (pluviométrie bien entendu en quantité et répartition géographique, mais aussi au caractère amplifiant des dépressions, des vents de secteur Ouest, des gros coefficients de marée…). Les crues se produisent préférentiellement en période hivernale, entre octobre et mars, périodes accumulant davantage de pluies, souvent longues et abondantes saturant les sols, et se conjuguant souvent à des niveaux hauts des nappes phréatiques qui alimentent, avec un certain « retard », les rivières. Mais des crues au printemps ou en été sont aussi connues. Les dimensions du bassin versant de la Seine représentant près de 15 % de la surface du territoire national impliquent de fait des temps de réaction « différés et complexes » avec des apports différents des principaux affluents de la Seine : l’Oise, la Marne, l’Aube, l’Yonne en particulier. Les crues en période estivale sont aussi possibles : celle de juin 2016 en est un exemple, et des épisodes anciens en témoignent aussi.

Les premières crues connues de la Seine datent de l’hiver 358-359 et de janvier 582. Au cours des siècles suivants, de multiples épisodes sont relatés. Les crues de 1658 et de 1740 sont remarquables par leurs ampleurs. La crue de février 1658 est la plus forte crue connue de la Seine, et un repère de cette crue « éloquent » est connu sur l’église Notre-Dame-du-Parc à Rouen (rive gauche près du parc Gramont, et non loin de l’actuelle clinique Mathilde).

Chez nous, les récits les plus anciens relatent des crues très récurrentes avec des difficultés l’hiver pour entreprendre le halage depuis les rives, avec des chevaux travaillant avec de l’eau jusqu’au poitrail pendant ces épisodes compliqués.

Chevaux à la remonte (extrait de « Le halage sur la Seine à Poses aux XVIII et XIXe siècles »-Hubert Labrouche)

Alors que la Seine était leur source de travail, les débordements des eaux, parfois même en été donc, comme en témoignent les vieux registres paroissiaux, marquaient profondément la vie de nos ancêtres posiens.
Par ailleurs, les hautes eaux rendaient la navigation difficile et dangereuse voire l’empêchaient ; elles envahissaient la plaine alluviale, causant des dégâts aux récoltes, tandis que le village, à une altitude légèrement supérieure, était plus rarement inondé.

Depuis la mi XIXe siècle, l’homme, par la construction des barrages, avait profondément modifié le régime du fleuve en le régulant ce qui limitait les débordements sans pour autant empêcher les crues ; les plus importantes pendant la troisième République sont les suivantes, les plus dévastatrices étant en gras : 1872, mars 1876, 1877, décembre 1882-janvier 1883, 1885, 1896, 1897, 1910, 1920, 1924, 1936, 1939. Plus tard, les crues de 1945, 1955, 1970, 1982, 1988, 1995, 2001… sont aussi à retenir de même que celles de juin 2016 et celle de l’hiver 2018. On retiendra pour le XXIe siècle celle de 2001, crue d’occurrence vingtennale (Q20 sur la figure suivante) intervenue fin mars début avril avec plusieurs habitations du village inondées (débit estimé autour de 2100 m3/s). La commune sera déclarée en état de catastrophe naturelle tout de même.

La figure suivante présente à titre illustratif les chroniques des débits de la Seine à Poses depuis 1941, et les « références » des débits de crues d’occurrence décennale (Q10), vingtennale (Q20), et centennale (Q100). Les débits de la crue de 1945 intervenue pendant la guerre manquent.

Chroniques des débits de la Seine depuis 1941

Pour les habitants des rives de la Seine dans le village, on peut ainsi retenir qu’au moins 4 crues importantes du siècle dernier ont occasionné des inondations « significatives ».

De toutes, et des plus documentées, on retiendra celle de janvier-février 1910 bien entendu qui a affecté toute la vallée de la Seine de Paris à Rouen : on se promenait en barque dans la cour de Rome près de la gare Saint-Lazare à Paris… Son débit est estimé à environ 3 000 m3/s à Poses et a duré une vingtaine de jours. Le pic sera atteint à Poses le 31 janvier 1910. Les quelques cartes postales suivantes en illustrent l’étendue.

Et pendant les crues les plus importantes, le barrage est « au clair » : toutes les passes sont ouvertes, et le barrage se présente alors sous la forme d’un pont. Au début, les passes 1 et 2 plus hautes et profondes (côté Poses) sont dites « navigables ». Ce qui signifie que les bateaux et les convois pouvaient passer ici. Compte tenu des dangers, la pratique sera rapidement interdite.

Vue du barrage au clair (extrait de « Le Village de Poses sous la IIIe République »-Hubert Labrouche)

Notre église sur le point culminant du village (+/- 12 m NGF), et à l’écart du village établi lui le long de la Seine, n’a probablement jamais été inondée. C’est une exception dans notre commune : Et probablement pas un hasard quand on étudie l’implantation des églises de la boucle de Poses, celle de Tournedos et l’église Sainte-Cécile de Portejoie (près du Port-Pinché), elles aussi implantées sur le premier ressaut en arrière du fleuve, mais désormais toutes deux disparues. L’église et son cimetière se devaient d’être « hors d’eau ».

Pour donner un ordre d’idée, la Mairie du village est établie à une cote autour de 9 à 9,50 mNGF et le niveau de la crue de 1910 est autour de la cote de 10 m NGF à cet endroit… celle de 1945 (moindre que celles de 1920 et 1924), une trentaine de centimètres en dessous dans le village, et l’ordre de 10 cm en dessous au Mesnil.

Repères de crue sur le perron de la maison du barrage d’Anet (Mesnil près de la base de ski nautique – extrait de « Le Village de Poses sous la IIIe République »-Hubert Labrouche)

Il faut aussi retenir qu’en période de grande crue à Poses, « la ligne d’eau du fleuve reprend la pente naturelle du fleuve et de son lit », celle qui prévalait avant la construction du barrage. Cette pente est de l’ordre de 30 cm par kilomètre dans le secteur du Pertuis de Poses, soit environ 1,30 m de différence entre l’aval du village et le Mesnil de Poses. Les vitesses d’écoulement sont bien sûr en conséquence, et de l’ordre de 3,5 mètres par seconde alors au droit du village (soit environ 13 km/h).

la Plaine de Poses depuis Amfreville en février 1910
le Café de l’Avenir en février 1910 (actuel cabinet d’infirmières)
la Rue du Bac en février 1910

La crue de 1924 sera elle aussi importante comme indiqué avant avec des niveaux proches de ceux atteints en 1910. La photo suivante montre une vue de la rue du Renel près du croisement avec la rue du barrage lors de cet évènnement.

Rue du Renel lors de la crue de 1924

La photo suivante illustre une vue générale de la boucle lors de la crue de 1995. Lors cet épisode, les dégâts à Poses furent heureusement limités. En revanche, elle était alors la crue de référence de l’Eure avec des dégâts importants notamment au Vaudreuil, Incarville, Louviers…. Si les habitations du village n’ont pas eu trop a souffrir, les liaisons routières étaient en revanche bien compliquées avec un accès unique par Tournedos alors pendant quelques jours.

Vue aérienne de plaine de Poses lors de la crue de 1995 depuis les abords des Damps

On se rappellera que les inondations et leurs ampleurs sont le fruit de phénomènes complexes et entiers. Leur prise en compte est à envisager de manière collective et solidaire en se rappelant des épisodes historiques. Sans revenir aux archives lointaines, la crue de 1955 a été aussi et non loin d’ici à l’origine d’inondations importantes. La photographie suivante montre le site du centre commercial de Tourville-la-Rivière que nous connaissons tous lors de la crue de 1955.

le site de Tourville-la-Rivière lors de la crue de 1955

Désormais remblayée, au moins 150 ha de zones inondables ont disparu à Tourville. Bien d’autres exemples existent autour de nous, malheureusement… Que dire de la zone de la boucle de Poses dans le secteur d’étangs de Tournedos cerné de digues et 250 ha rendus non inondables… ? Sûrement, près de 4 Millions de m3 perdus pour l’expansion des crues de la Seine pour ces deux exemples : ce sont des erreurs. Il ne s’agit de jeter l’opprobre, les circonstances n’étaient pas les mêmes à ces époques. Les pratiques ont heureusement changé, avec l’évolution volontariste de la réglementation aussi, et avec les désastres qui se faisaient plus récurrents notamment près d’ici : des victimes à la Vaupalières sous les effets des torrents venus des plateaux en juin 2007, des crues catastrophiques à Barentin dans les années 2000, des inondations sans précédent en décembre 1999, avec la conjonction d’une pluviométrie cumulée très importante, des tempêtes d’ouest… au travers tout le Pays de Caux (vallées de la Saâne, de la Scie et de la Vienne, de l’Arques, du Dun, de la Lézarde…) et la Basse Vallée de la Seine…

Les inondations dans la vallée de la Seine sont un fait… De multiples aménagements ont été réalisés pour prévenir l’ampleur des crues. Les grands lacs réservoirs ont été aménagés en amont de Paris sur les bassins de la Seine, de l’Aube ou de la Marne. Ils préviendraient l’ampleur des inondations, et tout particulièrement celles attendues en région parisienne, mais leurs effets restent toutefois limités au regard des modèles hydrauliques réalisés : on pourrait s’attendre à des hauteurs d’eau plus limitées dans la capitale et une durée de crue réduite aussi… mais ces ouvrages ne sauraient prendre en charge en totalité une nouvelle « crue de type 1910 ». En outre, la survenue concomitante avec une crue de l’Oise, dont le bassin versant ne dispose pas de tels ouvrages, serait de fait un facteur aggravant. L’anthropisation de la vallée de la Seine (imperméabilisation, remblais, infrastructures, activités…) restent aussi des éléments d’amplification des risques…

Un Plan de Prévention des Risques d’inondation sera élaboré au début des années 2000 en référence à la loi dite « Barnier ». Il définit les zones d’aléas et décline les possibilités constructives en fonction des aléas auxquels nous sommes potentiellement soumis. Il prend « logiquement » pour référence la crue de 1910 (Plus Hautes Eaux Connues) et d’occurrence centennale et prévoit que des dispositions particulières sont à prendre pour construire et vivre en zone inondable.

Il est consultable sur le site internet de la CASE et en Mairie de Poses.

Souvenons-nous donc de tout cela… la vallée de la Seine, et en particulier le village de Poses établi dans son lit majeur, sont inondables. On retiendra aussi que les communes en amont et en aval de Poses restent davantage exposés… sous l’effet du barrage.

Emplacement 61 chemin de halage - 27740 Poses Téléphone Réservations au 07 85 65 77 58 ou 02 32 61 02 13 E-mail batelleriedeposes@gmail.com Heures Ouvert du 1er avril au 30 septembre du mardi au samedi de 14h00 à 18h00. Sur réservation pour les groupes de plus de 10 personnes du 1er mars au 30 novembre. Nous contacter pour plus de renseignements. Copyright © 2019 - Association des Anciens et Amis de la Batellerie
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