La navigation sur la Seine existe depuis la « nuit des temps ». Le réseau hydrographique naturel étant le principal réseau pour le déplacement des populations et des denrées. On pratiquait le « flottage », mais aussi la navigation il y a 2 000 ans, et avant que les vikings ne remontent la Seine et dont les premiers grands raids sur le fleuve ont lieu en 840. En 885, un raid de 700 embarcations viking atteint Paris.
A cette époque, la navigation sur le fleuve s’opérait par le halage par les hommes, les bateaux de mer remontant le cours aval jusqu’aux alentours de Jumièges, où sur la rive opposée, à Heurteauville, on trouve la « chapelle du bout du vent ».
On notera qu’aux XIe, XIIe et XIIIe siècles, Rouen était le premier port d’Europe, à la fois port maritime et port fluvial, c’est dire l’importance du trafic sur la Seine à cette époque.
Les bateaux étaient donc halés sur le fleuve. « La servitude de chemin de halage due par les riverains le long des cours d’eau navigable remonte sans doute à la plus haute antiquité ». En 558, le roi Childebert crée une servitude de halage sur les berges de la Seine.
Une ordonnance royale de Charles VI, en 1415, fait obligation aux riverains de créer et de maintenir un chemin de 26 pieds de lé (environ 8m 50) pour le trait des chevaux tirant nefs, bateaux, vaisseaux. En 1446, existait le chemin de halage entre Rouen et Mantes.
Un sol stabilisé, empierré est nécessaire pour le déplacement des chevaux : il fut impossible (pourquoi ?) de créer, durant plusieurs siècles, un chemin de halage en amont de Rouen où la seule solution consiste à haler les bateaux par les hommes. C’est le cas de Poses.
Ce n’est qu’au XVIIIe siècle, sous Louis XV (1710-1774) que le halage par les chevaux apparaît en amont de Rouen.
Les techniques de navigation au cours de la seconde moitié du XIXe siècle (1850), la création de premiers ouvrages sur la Seine et la disparition progressive du halage obligèrent les Posiens à se tourner vers la marine commerciale à vapeur naissante. Avant 1870, les bateaux à vapeur à roues à aubes latérales, transporteurs de voyageurs de Paris à Rouen, concurrencés par le chemin de fer, avaient disparu.

De 1870 à 1940, nos mariniers connurent une évolution particulièrement remarquable des techniques de navigation :
Survivances de la 1ère moitié du XIXe siècle
Le halage par les chevaux sur la Seine s’est développé à partir de la moitié du XVIIIe siècle environ en amont de Rouen. Cette tâche était essentiellement accomplie par l’homme auparavant. Au cours de la 1ère moitié du XIXe siècle, le transport par l’eau est assuré :
- par le halage avec des chevaux : le tonnage halé aux écluses était en 1875 d’environ 11 000 tonnes soit 2,5 % du tonnage total : ce halage disparaîtra autour de 1880.
- par les bateaux de commerce à vapeur à roues à aubes latérales appelés porteurs qui assuraient le transport des marchandises et remorquaient quelques péniches. Ce type de bateau, large, encombrant et non adapté aux écluses et aux arches de pont sera progressivement remplacé par des bateaux à roues à aubes arrières, qui eux-mêmes, plus tard, deviendront des porteurs à vapeur à hélice. En 1896, près de 2000 porteurs ont transporté sur la Seine plus de 200 000 tonnes de marchandises. Ils sillonneront la Seine jusqu’au-delà de la guerre de 1914-1918.

(Archive association – photo Faugas env. 1900)
Développement du touage à chaîne
Une chaîne servant au touage a été noyée au fond du fleuve à partir du 13 août 1856 sur la Basse-Seine de Conflans-Saint-Honorine à l’aval de Rouen (le Trait-la Malleraye). Le toueur se « tirait » sur cette chaîne.
Une chaîne de 226 kilomètres de long, fixée aux deux extrémités à la pile d’un pont et à un quai reposait au fond du fleuve, passait sur une poulie à l’avant du bateau, s’enroulait plusieurs fois sur des tambours qu’actionnait une machine à vapeur et replongeait dans l’eau à l’arrière ; le bateau avançait sur la chaîne en tirant avec puissance son convoi de péniches.

Toueur et son convoi
Les mariniers posiens qui connurent ce système avaient gardé en mémoire le bruit infernal de la chaîne, les déchets, vases, sangsues… qu’elle remontait et le dur travail lors des ruptures de chaîne. Malgré divers perfectionnements au cours du temps, l’invention en 1885 du toueur magnétique facilitant le retrait et la mise en place de la chaîne et l’utilisation de l’hélice, le toueur Conflans-Rouen cessa de fonctionner autour de 1900 et celui de Conflans à Paris en 1930.
Le remorquage
A la foire universelle de Paris de 1867, fut présenté le 1er remorqueur, la présence d’hélice, inventée en 1832, leur donnait une complète autonomie, contrairement au toueur dépendant de sa chaîne. Très vite, cette nouvelle technique conquit l’intérêt des compagnies de navigation et à partir de 1880, on assista à une véritable explosion du remorquage, technique qui attira de plus en plus de Posiens qui s’en firent une spécialité. On était « capitaine de remorqueur de père et fils », et Rouen « le Pays des Remorqueux » en était le port d’attache. Exceptionnels, étaient les Posiens mécaniciens ou chauffeurs ; on les comptait « sur les doigts d’une main », tandis que d’autres s’embarquaient sur des péniches ou des chalands (voir la liste des capitaines posiens de remorqueurs).


le second dont la maquette figure dans la chapelle des mariniers de l’église Saint-Quentin,
et dont le capitaine était Albert GUERARD dit « le Gaulois » (Archives association)

Plus tard, la vapeur cèdera sa place aux moteurs Diesel sur les remorqueurs, dont le Fauvette est le dernier témoins dans son état d’origine.

Voici une liste de capitaines, lesquels officièrent parfois sur plusieurs bateaux : Liste des Posiens capitaines de remorqueur
